Le voyage initiatique 1/9

Le voyage initiatique 1/9

Depuis la nuit des temps, les étapes importantes de la vie d’un individu furent concrétisées par des initiations.

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage »

À travers un travail remarquable sur les mythes et légendes, Joseph Campbell nous offre une brillante synthèse connue comme LA recette d’un scénario à succès. Le héros aux mille et un visages, son roman le plus connu, est venu à mes oreilles à travers mes premiers tâtonnements dans le monde de l’écriture. Durant plusieurs mois, son nom revenait de façon insistante. Je finis par m’y pencher plus sérieusement. Campbell s’était rapproché du travail de Carl Jung pour aborder les aspects psychologiques et inconscients du voyage de son héros.

Mêlant création et introspection, il ne m’en fallait pas moins pour me conquérir !

À ce moment-là, en pleine écriture de mon roman, inspirée de mon voyage en Nouvelle-Zélande, une évidence se dessina : je venais de vivre un voyage initiatique !

À la lueur des étapes parcourues par le héros de Campbell, j’avais expérimenté le même processus de manière totalement spontanée.

Se pourrait-il que Campbell ait mis en lumière un concept tout aussi pertinent pour le monde du cinéma que pour la vie de tous les jours ?

Évidemment, cela aurait dû me sauter aux yeux, Carl Jung n’avait pas été une source d’inspiration pour rien…

Mais comment cela fonctionne-t-il ? ⚙ 

Sans vouloir partir dans les tréfonds d’une thérapie psychanalytique, j’ai voulu comprendre mon expérience. Quelles sont les aspects et le principe du voyage initiatique ? Sommes-nous tous obligés de partir au bout du monde pour l’expérimenter ou sont-ce des étapes incontournables de notre évolution sans que nous y attachions une importance particulière ?

Partons à la découverte de cette héroïne ou de ce héros qui sommeille en chacun de nous… à travers le prisme subjectif de mon vécu.

Au commencement, il y a un malaise. Malgré le confort de nos habitudes et une douceur de vie apparente, un orage intérieur commence à gronder. Certes nos corps se complaisent dans les plaisirs de la table et de la chair, mais notre âme ne s’en retrouve que plus amaigrie.

La vie est constituée de cycles qui nous poussent à évoluer de plus en plus. Alors un jour, ce malaise prend de l’ampleur sans crier gare. Irritation, colère, frustration, quelque chose nous empêche de tourner en rond. Pourtant, nous ne souhaitons pas changer notre quotidien. Tout a été si bien ficelé depuis des années, cela est injuste de devoir remettre notre vie en question.

Mais bientôt, nous ne sommes plus l’unique décideur. Des événements extérieurs viennent s’y mêler. Une promotion qui n’en finit pas de venir, un partenaire qui succombe à la tentation, un enfant qui tombe sérieusement malade, un accident de voiture… La vie n’est pas en manque d’inspiration pour nous amener à des prises de conscience.

Notre héro(ïne)s intérieur(e) se retrouve propulsé(e) face à une décision forcée.

Par heureux hasard, nous ne serons pas seuls pour faire face à ces obstacles. Sûrement que la première leçon sera celle d’apprendre à recevoir l’aide des autres. Nous créons une illusion de séparation là même où la connexion au monde et aux autres n’a jamais cessé d’exister.

Nous ne sommes pas seuls. Nous ne le serons jamais.

Seulement par instant, l’aide ne se voit pas au premier regard, il faut aiguiser sa faculté d’observation. Un passant qui se montre avenant, une caissière qui s’occupe attentivement de nos courses, un banquier qui nous écoute avec compassion, une aire d’autoroute fermée pour en trouver une autre où un café gratuit nous attendra. Des petits gestes décrit parfaitement par le Petit Prince :

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.

Vient alors un deuxième challenge qui est celui d’ouvrir notre cœur, ressentir cette unité et accepter l’aide des autres. La facilité de le dire n’a d’égale que la difficulté de le réaliser.

Tant que les leçons ne seront pas apprises, tant que des changements décisifs ne seront pas engagés, des tests se présenteront. Un entêtement peut mener très loin dans son acharnement, au risque de sa vie.

Un chef de famille exténué d’une semaine harassante de travail voit un de ses pneus crever sur l’autoroute. Le soleil se couche, il se gare sur une bande d’arrêt d’urgence. Changer une roue, il l’a déjà fait. Ses responsabilités managériales sont bien plus compliquées qu’une maudite roue. Sauf que ce soir-là, de part une capacité de concentration mise à rude épreuve après 6h de réunion syndicale, il commet de nombreuses maladresses. Il veut rentrer chez lui, gagner du temps, ne pas déranger une dépanneuse pour une si minime réparation. Il entreprend de changer la roue, ne voit pas le trou dans la chaussée, bascule et se retrouve allongé sur la route face au trafic d’un vendredi soir en périphérie d’une grande ville…

On doit (re)connaître nos limites.

Face à toute épreuve, il viendra inévitablement une période similaire à l’obscurité hivernale. Tout ralentit, nous avons la sensation de stagner, de régresser, d’avoir échoué. Cette période amène à un repli sur soi où l’isolement force à l’introspection. Ce n’est jamais un moment agréable lorsqu’on subit une solitude plutôt que lorsqu’on la choisit. Un vide intérieur redoutable peut faire son apparition.

Pourtant, à cet instant, nous sommes toujours dans le processus de cheminement. La résistance dans le retranchement nous pousse à lâcher prise.

Un concept à la mode qui abrite son lot de subtilité.

Lâcher la branche à laquelle nous nous cramponnons bien fermement pour contrer le courant. Nous perdrions moins d’énergie à suivre le flot de la rivière, se laisser porter par l’eau pour se faufiler à travers les rochers, et trouver une berge où se réfugier.

Les première fois, c’est par épuisement que nous lâchons. La fatigue engendrée par un état de stress prolongé, une anxiété face à un univers incontrôlable,… un bouillon d’émotions qui fait exploser notre cocotte minute corporelle. Face à ce désarroi, nous capitulons. Nous finissons par revoir à la baisse nos exigences de réussite, nous apaiser face à une colère refoulée, ou reconnaître que le chemin emprunté jusqu’ici n’était pas forcément le bon.

Bref on se remet en question.

A cet instant, nous sommes seuls face à nous-mêmes. Il est temps de nous rendre des comptes. Puisque finalement, nous sommes bien les seuls responsables de notre existence. Malgré le fait de ne pouvoir influer sur les circonstances extérieurs, nous avons le choix de notre réaction.

Une jeune femme adolescente se retrouve face à la première grosse épreuve de sa vie, le décès d’un être cher. Cet événement tragique est soudain, incontrôlable, injuste. La mort nous repousse dans nos retranchements, une peur ancestrale qui nous hantera toute notre vie. Il restera à cette jeune femme la liberté de choisir entre dépasser cette épreuve ou se laisser happer par les profondeurs de la peine. Lâcher prise à cet instant est le fait  d’accepter les émotions qui vont surgir. Le deuil est inévitable dans la vie d’un individu, vécu au propre comme au figuré. La capacité à surmonter cette épreuve va différencier une personne qui va choisir l’auto-destruction à travers divers moyens pour anesthésier sa peine d’une personne qui va reconnaitre son chagrin et trouver le moyen de le dépasser.

La décision que nous prenons est bonne pour nous, peu importe son orientation. Elle nous permettra d’expérimenter ce qui est juste pour nous à cet instant précis.

Dans ce moment de face à face avec nous-mêmes – que  Campbell qualifie d’abysse, symbolisé par la cave, une antre sombre, glauque et effrayante – nous sommes proches d’une révélation.

Depuis cet antre, nous allons expérimenter les processus symboliques de mort et de renaissance.

Malgré l’impression de ne pas en voir le bout, nous finissons par avoir ce moment où une éclaircie apparaît. Si, si, je vous assure, ce n’est pas que dans le monde cinématographique. J’ignore si l’instinct de survie est plus fort que tout, mais nous parvenons toujours à nous relever.

Nous reviendrons de ces ténèbres transformés, laissant au passage un ancien schéma de pensée qui nous limitait, pour entreprendre un changement bénéfique.

Nous serons détenteur d’un trésor inestimable : la liberté.

 C’est ainsi que vous venez de vivre votre premier voyage initiatique.

 



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