L’entente familiale

Est-ce que vous vous êtes déjà questionné sur votre place dans votre famille? Ce que cela vous a apporté ou bien les difficultés que cela a pu être d’être enfant unique, l’ainé, le cadet ou le benjamin de la famille? Comment le rang de naissance a impacté votre enfance, et peut être encore votre vie d’adulte?

Psychologue, spécialiste de l’enfance et l’adolescence, Françoise Peille a travaillé durant de longues années auprès de famille rencontrant des difficultés, et a mené une recherche pour analyser les rapports au sein de la famille et notamment de la fratrie. Dans son roman Frères et sœurs, chacun cherche sa place, elle nous livre un résumé de cette enquête et des pistes de réflexions pour mettre en lumière notre propre histoire. Elle expose tous les cas de figure que peut rencontrer une famille (divorce, handicap, famille nombreuse, enfant unique, adoption, décès,…) à travers des témoignages.

J’ai trouvé cette lecture fastidieuse par instants, car elle s’apparente à la description d’une étude scientifique. Mais au fil des chapitres, l’auteure a glissé des encadrés avec l’essentiel à retenir et des conseils assez pertinents. En tant qu’enfants, futurs parents, parents, ou grand-parents, chacun s’y retrouve. J’ai fini ce roman avec énormément de souvenirs de mon enfance, remontés à la surface. Cela peut chambouler un peu, mais c’est une étape nécessaire pour aller de l’avant, et faire la paix avec son passé.

Le rôle des parents

Photo © Nest building, Montreal / Glen Christie

« Adler insiste sur l’importance des relations à l’intérieur du groupe «famille» . La mère, dont l’influence est la plus puissante , montre le sentiment communautaire, le père enseigne confiance en soi et courage. » F. Peille

L’éducation des enfants est l’une des choses les plus complexes de la vie d’adulte. Loin de rejeter la faute sur qui que ce soit, l’auteure rappelle les principes généraux, qui régissent une famille. Il est souvent dit que la mère est le symbole féminin de l’amour inconditionnel, et que le père est le protecteur. Un défi de taille, qui convient de relativiser. Le plus important, me semble-t-il, est de rester dans une posture d’ouverture et de remise en question quant à son rôle. En fonction de sa propre histoire et de sa place dans sa fratrie, nous transmettons inconsciemment nos craintes ou nos peurs, et pouvons reproduire des schémas de notre enfance.

Avoir des enfants est surtout une incroyable opportunité de continuer d’apprendre sur soi et d’évoluer.

« Chaque enfant offre aux parents l’opportunité de vivre sa parentalité différemment. » F. Peille

La culpabilité en tant que parents de ne pas aimer également ses enfants est chose courante. Pourtant cela est bien impossible d’instaurer une égalité parfaite dans ce domaine.

« […] il y a beaucoup de paramètres à prendre en considération, les circonstances de l’arrivée, l’enfant lui-même avec ses caractéristiques, ses compétences… » F. Peille

Il n’y a pas de recette secrète pour assurer l’éducation de ses enfants. Chacun fait de son mieux, avec sa propre histoire, sa propre place dans la fratrie, et sa personnalité. L’auteure souligne l’essentiel :

« Comment réussir sa fratrie […] en premier lieu sûrement un lien d’amour suffisant et des images parentales sources d’identification solides et positives pour les enfants. » F. Peille

Si vous lisez cet article et vous questionnez sur votre rôle actuel ou futur de parent ou sur votre propre vécu, votre inconscient est déjà en marche, pour faire de vous une « source d’identification solide et positive ». 🙂

Le lien du sang ne suffit pas..

Photo © Laughing deer, Omega Park, Ottawa / Glen Christie

Des circonstances extérieures, indépendantes du rôle des parents, influencent également la place de chacun et la bonne entente dans une fratrie.

« Le lien fraternel s’installe et se construit dans le partage d’un morceau d’enfance, dans la continuité et la longévité. » F. Peille

Des enfants séparés, suite à un décès, une adoption ou un divorce, ou des évènements extérieurs, peuvent créer une distance entre frères et sœurs, à la fois physique et mentale. Il sera alors plus compliqué de créer un lien fraternel, malgré le lien du sang.

« Cette notion de temps partagé nous parait fondamentale dans les rapports entre frères et sœurs. » F. Peille

Puis, en grandissant, l’entente peut tout simplement dépendre du partage de centres d’intérêts, d’une vision du monde, ou d’un mode de vie. Les divergences et les conflits les plus fréquents concernent l’éducation, la politique et la religion. Des sujets qui peuvent devenir tabous dans la famille pour maintenir une certaine cohésion. La mémoire d’une enfance compliquée et de sentiments de jalousie non reconnus peuvent aussi s’immiscer dans les rapports entre adultes d’une même famille.

« Parfois, l’indifférence s’installe par manque d’affinités ou pour mettre à distance des positions anciennes, douloureuses et frustrantes ; des rapports conventionnels peuvent tenir compte de liens familiaux. » F. Peille

Aussi, une fois à l’âge adulte, la relation fraternelle reste un lien à entretenir. Les liens du sang ne sont pas une garantie à vie. Comme dans toute relation, il est nécessaire d’y prêter attention, d’y ajouter de la communication, des moments d’échanges et de partage.

« Une distance géographique minimum, une indépendance financière, un minimum de partage éthique ou idéologique sur les grand sujets de société garantissent des liens. » F. Peille

La jalousie, un sentiment naturel, à ne pas nier

Photo © Grey wolfs animus, Omega Park, Ottawa / Glen Christie

« La jalousie n’est ni bien ni mal. C’est un sentiment originel d’un chemin obligatoire pour tout être humain exposé à rencontrer l’autre. Cette expérience permet à l’enfant une meilleure différenciation des rôles de chacun. » F. Peille

La jalousie va de pair avec l’amour, et l’amour parental est le premier sentiment que l’enfant va ressentir, souhaitant être le seul et l’unique aux yeux de ses parents. Alors difficile de partager cet amour-là!

« Chaque enfant doit avoir le sentiment d’être unique pour ses parents. » F. Peille

Si l’enfant n’a pas de frères et sœurs, la jalousie peut s’installer envers un des parents, ou bien des cousin(e)s, des camarades de classe,… Apprendre à en parler va participer à atténuer le sentiment de jalousie.

« Le sentiment de jalousie doit être dépassé s’il n’est pas souligné par l’entourage, mais reconnu pour ce qu’il est. » F. Peille

Sortir de l’enfance et prendre ses responsabilités d’adulte

Photo © Musk oxen, Omega Park, Ottawa / Glen Christie

Si des animosités sont conservées une fois adulte, par rapport à son enfance et ses frères et sœurs, il est de notre responsabilité de lever le voile et de guérir. Enfant, nous étions dépendants émotionnellement et matériellement. Cela n’est plus le cas une fois adulte. Peu importe nos manques, ou nos blessures, nous pouvons les regarder en face et décider de les dépasser. Cela est possible en allant à la rencontre de l’enfant que nous étions, en écoutant nos émotions et nos souffrances, et en les acceptant. Nous pouvons être notre propre parent, nous apporter l’amour d’une mère et la protection d’un père.

« S’aimer soi-même pour aimer les autres notamment ses frères et sœurs. » F. Peille

La confiance en soi, l’estime de soi et l’amour de soi se développent dans l’enfance à travers le regard et les actes de ses parents. Lorsque nous avons manqué de ce regard positif ou que nous avons été mal traités de quelque manière qui soit, cela n’est pas une fatalité. En tant qu’adulte, nous pouvons changer l’image que l’on a de nous-mêmes et repartir sur de bonnes bases.

« Pour grandir et devenir libre, il faut que « chaque individu soit entrepreneur de sa vie » . » F. Peille

Lorsque les blessures se ravivent une fois que l’on devient soi-même parent, il est préférable de rester attentif à l’effet miroir et de voir ce qui se rejoue de notre propre histoire. Selon sa place dans sa propre fratrie et son vécu, il est possible que nos enfants nous renvoient des peurs, ou des blessures, que nous avions oubliées ou, bien cachées au fond de soi. Si cela remonte à la surface, c’est une opportunité de guérir, d’avancer et de couper les liens invisibles néfastes qui nous retiennent au passé.

« Les parents accompagnent d’autant mieux le trajet de leurs enfants s’ils comprennent en quoi il fait écho à leur propre histoire personnelle. » F. Peille

Restons positifs

Photo © Bambi Deer, Omega Park, Ottawa / Glen Christie

Ce sujet est complexe et nous pourrions en parler des heures. Il touche une partie de nous, délicate et vulnérable, que l’on ne souhaite pas toujours explorer : notre enfance. Pourtant, elle est source inépuisable de connaissances pour continuer notre évolution personnelle. 🦋

« Il ne s’agit pas d’être l’autre ou d’avoir ce qu’il a, mais de faire sa propre vie en conquérant sa place. » F. Peille

Sa place dans la fratrie, résonne avec sa place dans le monde. Celle-ci n’est pas innée, ni définie, nous avons la place que nous nous donnons. En travaillant sur nous-mêmes et notre confiance en soi, nous nous donnons la place que nous méritons!

Lorsque nous devenons parents, nous sommes à nouveau confrontés à cette vulnérabilité qu’il peut être difficile à gérer, et la culpabilité de mal faire n’est jamais très loin. Pourtant, rappelons-nous que chacun à sa propre perception de la réalité et que nous ne pouvons nous tromper si nous apportons de l’amour à nos enfants, et un sentiment de protection. Pour relativiser ce sujet, le psychanalyste Paul-Laurent Assoun nous rappelle que :

« On est toujours plus satisfaits de ses frères et sœurs que de ses parents. Les parents, on n’arrête pas de leur en vouloir. »

J’espère que ce sujet vous aura passionné autant que moi. Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture du livre de Françoise Peille, ou bien de tout simplement replonger dans votre enfance, pour l’observer d’un regard neuf, à la lueur des informations dans cet article. Pourquoi pas, ouvrir la discussion avec vos frères et sœurs, ou vos parents, pour connaître leur opinion, et leur vécu de cette histoire commune. Vous pourriez être surpris (e) de ce que l’autre a à révéler. ✨

« Si chaque enfant a sa façon d’être aimé de ses parents, on est toujours plus attentif à la façon dont l’autre l’a été. » F. Peille

Kelly Anaeh🕊

Référence : Peille, F. (2005). Frères et soeurs, chacun cherche sa place. Paris, France : Ed Hachette.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *